Les médicaments essentiels

Publié le
Jeudi 22 Septembre 2022
Le rayon d'une pharmacie à Orléans
Le rayon d'une pharmacie à Orléans
GUILLAUME SOUVANT / AFP

C’est une enquête sur les politiques du médicament, édifiante, flirtant avec le désespérant, obligeant à se réveiller, et ce d’autant plus en contexte pandémique, d’allongement de la vie et de démultiplication des maladies chroniques. Pauline Londeix et Jérôme Martin publient Combien coûtent nos vies ? (10/18) tentent de répondre à une question éminemment déterminante : de quels médicaments et produits de santé a-t-on réellement besoin ? Et comment garantir leur production, leur amélioration par une recherche digne de ce nom et leur juste prix pour les patients ?

Trois exemples, en introduction, pour témoigner de l’opacité du système : une dépendance extrême vis-à-vis de la Chine et de l’Inde, qui produisent 80 % de la matière première pharmaceutique, et qui met régulièrement la France et quantité de pays en situation de pénurie ; l’inefficacité grandissante des antibiotiques, principale menace en santé publique, qui suscite peu d’émois et d’investissements de la part des industriels en matière de recherche ; une politique totalement opaque du prix du médicament, l’exemple du traitement contre l’atrophie musculaire spinale par la firme Novartis au prix de 2 millions d’euros l’injection est édifiant. Il faut protéger les acteurs privés qui financent la recherche, entend-on. Mais voilà, la place du financement public est loin d’être neutre dans cette affaire. Prenons simplement le cas français : le crédit d’impôt-recherche, les différentes incitations fiscales, les remboursements par l’assurance-maladie, le financement de la recherche fondamentale via ses institutions publiques de recherche, sans oublier le recours aux appels d’offres européens, aux fonds multilatéraux internationaux, etc.

Deux logiques antinomiques s’affrontent : celle de la « liste modèle des médicaments essentiels », qui recense depuis 1977 les médicaments indispensables d’un point de vue thérapeutique, nécessaires à la prise en charge de maladies chroniques, infectieuses ou encore non transmissibles, agrémentée de la liste d’agents pathogènes prioritaires et de profils cibles de médicaments (target product profiles), toutes deux définies par l’OMS. Versus une logique de financiarisation qui définit les priorités de recherche et de développement non pas en fonction des besoins mais selon des perspectives de profits, de plus en plus à court terme. « Ainsi, un traitement qui soigne peut être considéré comme une menace pour un business model, et des pans entiers sont abandonnés, à commencer par certaines recherches sur la résistance aux antibiotiques. »

Prix Nobel de médecine, codécouvreuse du VIH, Françoise Barré-Sinoussi s’interrogeait sur le sens de la découverte scientifique si elle n’est pas accessible à ceux qui en ont besoin. Le manifeste de Londeix et Martin en est un vibrant écho.

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