Sur les traces du Minitel, ancêtre sous-estimé d’Internet

Télévision Nicolas Bole retrace l’histoire et l’héritage de cette innovation française. Un documentaire nostalgique, servi par une bande-son qui plonge le téléspectateur dans l’époque.

Publié le
Mercredi 21 Septembre 2022
Une machine que le documentariste surnomme affectueusement la «	boîte marron	». Seppia
Une machine que le documentariste surnomme affectueusement la « boîte marron ». Seppia
Le 3615 ne répond plus, France 3, 23 h 5

Les enfants nés après l’an 2000 ne connaissent pas le Minitel. Le terme peut leur évoquer un objet abandonné depuis longtemps et découvert par hasard au fond d’un grenier. Pourtant, la brève existence du Minitel a marqué durablement leurs aînés, qui ont découvert, avec cet appareil, les joies de la messagerie instantanée, des applications de rencontres ou des achats en ligne… près de dix années avant Internet. C’est à ce réseau porteur d’usages révolutionnaires que Nicolas Bole a souhaité rendre hommage par le biais d’un documentaire, Le 3615 ne répond plus.

L’Hexagone à la pointe de l’informatique

Le réalisateur s’est plongé dans une montagne d’archives, dont il se sert habilement pour transmettre aux téléspectateurs sa « fascination » pour la machine qu’il surnomme affectueusement la « boîte marron ». Surtout, Nicolas Bole s’attache à réhabiliter une technologie qui, dans les mémoires collectives, est souvent perçue comme un échec. Il est vrai que la comparaison entre le Minitel et Internet, arrivé quelques années plus tard, prête à sourire tant elle est à l’avantage du second. Mais, lorsque la commercialisation du Minitel est lancée, en 1982, par les Postes, télégraphes et téléphones (PTT), l’ancienne administration française chargée des télécommunications, « c’est une véritable révolution, unique au monde par son ampleur », selon le narrateur. Avec cette invention, la France se retrouve hissée à la pointe de l’informatique et de la communication. C’est sur la base des outils lancés avec le Minitel et sur celle de son réseau informatique, baptisé Télétel, que se construisent alors les fondations de l’Internet moderne. « Le Minitel est le point de passage entre la société d’avant, la société de l’audiovisuel, de la presse, et la société d’aujourd’hui, hyperconnectée », commente la sociologue Josiane Jouët, interrogée par le réalisateur.

Une connexion directe au foyer des Français

À l’image du milliardaire Xavier Niel, certains avaient déjà flairé les perspectives financières offertes par cette connexion directe au foyer des Français. Xavier Niel lance, dans les années 1990, le  3717 Annu, premier annuaire inversé. Mais, son premier million, Xavier Niel l’avait acquis plus tôt, grâce à une autre facette du Minitel : les messageries roses, ancêtre des sites pour adultes. « Derrière la couleur rose inoffensive se met en place un business patriarcal où les hôtesses du Minitel deviennent objets du fantasme masculin », raconte Nicolas Bole.

Aujourd’hui, le Minitel n’est pas tout à fait mort dans le cœur de ses anciens adeptes. En témoigne cette rencontre entre Nicolas Bole et d’anciens utilisateurs de Gretel, premier service de messagerie instantanée, qui n’ont pas oublié les émotions vécues au travers de la « boîte marron ». Le réalisateur met aussi en lumière ces passionnés, qui utilisent le Minitel comme objet d’art ou qui « redonnent vie aux machines » en reconstituant fidèlement les services les plus populaires. Pour les plus jeunes, le documentaire est un objet d’histoire. Pour les autres, il offre une heure de nostalgie, bien servie par une bande-son qui replonge dans l’époque.

Plus d'articles sur les sujets qui vous intéressent : 
documentaire