Palestine. Shireen Abu Akleh a bien été abattue par un soldat israélien

L’armée reconnaît que la reporter américano-palestinienne a été atteinte par un tir d’un de ses hommes. Ses conclusions sont toutefois nuancées par des circonstances atténuantes. La justice israélienne ne donne pas plus de suite à cet assassinat d’une civile.

Publié le
Mercredi 7 Septembre 2022
Shireen Abu Akleh, morte dans le camp de réfugiés de Jénine le 11 mai, est une victime de plus qui rallonge la liste des 55 journalistes palestiniens tués depuis 2020 par les forces d’occupation. © AFP
Shireen Abu Akleh, morte dans le camp de réfugiés de Jénine le 11 mai, est une victime de plus qui rallonge la liste des 55 journalistes palestiniens tués depuis 2020 par les forces d’occupation. © AFP

La journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée le 11 mai, a bel et bien été ciblée par des soldats israéliens, qui menaient ce jour-là des opérations en territoire occupé, à Jénine. Elle a été atteinte d’une balle à la tête alors qu’elle portait un casque et un gilet indiquant sa profession.

Quatre mois après cet assassinat, l’armée israélienne a enfin reconnu, lundi 5 septembre, que ce tir provenait d’un de ses soldats. Plutôt nuancées, les conclusions « finales » de son enquête insistent toutefois sur les circonstances atténuantes de cet acte. « Il y a une forte possibilité pour que madame Abu Akleh ait été touchée accidentellement », mais le tireur aurait « mal identifié sa cible et il en est désolé (…) ; cela n’aurait pas dû se produire, il n’a pas fait ça de manière délibérée », concède-t-on.

Ces affirmations ont été entérinées par le procureur militaire, pas question d’ouvrir une enquête criminelle sur la mort d’un civil lors d’une opération. Cette procédure est ignorée, l’affaire est classée.

L’Autorité palestinienne et Al Jazeera avaient immédiatement accusé l’armée israélienne d’avoir tué Shireen Abu Akleh. Des enquêtes journalistiques avaient apporté les preuves d’une « attaque ciblée », notamment la chaîne de télévision américaine CNN qui s’appuyait sur plus d’une dizaine de vidéos montrant de quelle façon la journaliste avait été tuée.

Des funérailles ciblées par la police

Des images « corroborées par huit témoins oculaires, un expert en acoustique et un expert en armement », avait alors précisé le média. Des vidéos révélaient également qu’un Palestinien venu porter secours à la reporter avait été précisément ciblé.

Les autorités israéliennes, quant à elles, s’étaient empressées d’imputer la responsabilité du drame aux Palestiniens. Elles continuent à soutenir cette affirmation, malgré toutes les révélations, ignorant jusqu’au rapport de l’ONU concluant à un tir de leurs troupes.

L’organisation de défense des droits humains israélienne, B’Tselem, qui dénonce cette position, attribue « le meurtre » de la reporter à « la politique scandaleuse d’ouverture de feu dans les territoires occupés ».

Lors des funérailles à Jérusalem de Shireen Abu Akleh, suivies par une foule dense, la police israélienne avait attaqué à coups de matraque et de gaz lacrymogène les citoyens palestiniens porteurs du cercueil. La scène, d’une violence à peine imaginable en pareille situation, avait fait le tour du monde, suscitant l’indignation internationale.

L’ambassadeur de l’UE auprès d’Israël s’était dit, dans un tweet, « atterré par les scènes observées ». Une dizaine de journalistes présents sur les lieux avaient été « battus et interdits de filmer par les forces israéliennes », a rapporté de son côté Reporters sans frontières. L’association avait condamné « avec la plus grande fermeté ces attaques, qui sont d’autant plus inacceptables et choquantes dans un contexte de recueillement funéraire ». Elle avait réclamé la création immédiate d’une enquête internationale indépendante sur les circonstances de l’assassinat de Shireen Abu Akleh.

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