À Saint-Nazaire, les éoliennes ont le vent en poupe

Énergie Emmanuel Macron a inauguré, ce jeudi, le premier parc éolien en mer, à une quinzaine de kilomètres de la côte. Si la France mise sur une accélération sans précédent des énergies renouvelables, l’organisation économique et sociale de ce nouveau marché pose question.

Publié le
Vendredi 23 Septembre 2022
Le chef de l’État a réaffirmé son objectif d’atteindre, d’ici à 2050, 100 gigawatts de production électrique issus des renouvelables, dont 40 fournis par les parcs éoliens en mer. Stéphanie Mahe/Pool/AFP
Le chef de l’État a réaffirmé son objectif d’atteindre, d’ici à 2050, 100 gigawatts de production électrique issus des renouvelables, dont 40 fournis par les parcs éoliens en mer. Stéphanie Mahe/Pool/AFP
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À Saint-Nazaire, le vent du large souffle désormais entre les pales immenses des éoliennes. Inauguré ce jeudi par Emmanuel Macron, le premier parc en mer, implanté à une quinzaine de kilomètres des côtes du Pouliguen et du Croizic (Loire-Atlantique), devrait être opérationnel « d’ici à la fin de l’année », assure EDF, qui l’exploite. Mais déjà, se félicite Xavier Métay, « 20 éoliennes (sur 80 – NDLR) fonctionnent et ont envoyé les premiers kilowatts ». Un « signal très positif », poursuit le coordinateur de France Nature Environnement dans les Pays de la Loire, un premier pas qui en appelle bien d’autres. Ce « projet pionnier » rend concrète la « stratégie d’accélération de la France dans le domaine des énergies renouvelables ! » martèle Emmanuel Macron. Dans la foulée de son discours de Belfort, le 10 février, le chef de l’État a réaffirmé, ce jeudi, son objectif d’atteindre, d’ici à 2050, 100 gigawatts de production électrique issus des renouvelables, dont 40 fournis par la cinquantaine de parcs éoliens en mer dont il entend faciliter la construction.

Très en retard par rapport à ses voisins européens, la France est le seul pays de l’Union à ne pas avoir atteint ses objectifs en matière de développement des énergies renouvelables (ENR). Ainsi, en 2020, l’éolien, le solaire ou encore l’hydraulique représentaient seulement 19,1 % de la consommation finale d’énergie, bien en deçà de l’objectif fixé en 2009 à l’échelle européenne d’atteindre les 23 %. En cause, estime Xavier Métay, « cette hésitation historique de la France qui, ­depuis vingt ans, n’a jamais su trancher entre maintenir et développer une filière nucléaire en y injectant beaucoup d’argent, ou investir massivement dans les ENR ». Et si France Nature Environnement plaide pour une sortie du nucléaire à l’horizon 2050, Emmanuel Macron, lui, entend poursuivre sur la voie du « en même temps ». « Le tout-ENR ne marche pas. Le tout-nucléaire non plus. La clef réside dans la diversification du modèle », a-t-il fait valoir.

Le gouvernement souhaite « la simplification des procédures »

Pour être à la hauteur des ambitions affichées, le président de la République a rappelé qu’un projet de loi portant sur l’accélération des énergies renouvelables serait présenté en Conseil des ministres, le 26 septembre. Dans les grandes lignes, le texte repose sur « la simplification des procédures, la libération du foncier et le partage de la valeur ». Dans le détail, le gouvernement projette de simplifier l’installation de panneaux solaires ou d’éoliennes (en mer et sur terre) en « réduisant les délais de recours contentieux à deux ans et demi au maximum, contre quatre ans en moyenne aujourd’hui », d’anticiper le raccordement au réseau des nouvelles installations et de « gagner trois à six mois » sur les enquêtes préliminaires, y compris les études d’impact environnemental. Reste que « raccourcir les délais ne veut pas dire simplifier », alerte Xavier Métay, qui redoute que, au lieu de « renforcer les services chargés de mener les concertations en amont, cette simplification ne se fasse au détriment de discussions indispensables ». En matière de libération du foncier, Emmanuel Macron veut faciliter l’installation de panneaux photovoltaïques en bord d’autoroutes et de voies ferrées, sur les toits des bâtiments publics, des usines ou sur certaines surfaces agricoles (agrivoltaïsme). Enfin, pour engager les collectivités territoriales à accepter l’installation d’ENR, Emmanuel Macron table sur la compensation financière (9 millions d’euros, par exemple, pour Saint-Nazaire).

Certes, le discours gouvernemental se veut volontariste. Mais Julien Lambert y voit, lui, « beaucoup ­d’affichage ». Pour le secrétaire fédéral à la FNME-CGT en charge du pôle énergétique et industriel, le débat devrait d’emblée se placer sur un autre terrain. « Oui, le développement des énergies renouvelables est né­cessaire, mais la filière ENR doit être intégrée dans l’entreprise publique ! » martèle-t-il. Au risque, poursuit Julien Lambert, d’assister à « un développement anarchique où n’importe quelle entreprise va se lancer sur le marché en profitant d’un effet d’aubaine ». Pas plus que le nucléaire, le thermique ou l’hydraulique, les ENR ne doivent être mises en concurrence, assure la CGT, qui rappelle que le projet Hercule prévoyait précisément la vente de ­l’activité renouvelable de l’opérateur public. En outre, conclut le syndicaliste, « la question du statut de ceux qui vont exploiter et maintenir ces nouvelles installations est fondamentale ». Et, en la matière, c’est le flou qui l’emporte.

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