Une coalition pour les pêcheurs français contre les industriels

Le député communiste Sébastien Jumel s’attaque à la senne démersale, pratique de pêche venue des Pays-Bas qui détruit les fonds marins comme les emplois du nord-ouest de la France. Il est soutenu dans son combat par des élus de gauche comme de droite.

Publié le
Jeudi 22 Septembre 2022
Le 29 septembre, le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’Union se réuniront afin de réviser l’article 5 de la politique commune sur la pêche. © Getty Images/iStockphoto
Le 29 septembre, le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’Union se réuniront afin de réviser l’article 5 de la politique commune sur la pêche. © Getty Images/iStockphoto

Après leur passage, il ne reste plus rien, sinon un désert au fond de la mer. « Ces bateaux mettent à blanc une zone de 3 kilomètres carrés en une heure trente. Les pêcheurs disent que, lorsqu’ils sont passés, rien ne sert d’y revenir pendant deux semaines, car il n’y a plus de poisson », rapporte Laetitia Bisiaux, chargée de projet chez Bloom, association de défense des océans. « Ces bateaux », ce sont les immenses navires, mesurant parfois plus de 30 mètres de long, qui utilisent une méthode de pêche destructrice appelée senne démersale.

Icon Quote Une problématique au carrefour des luttes sociales et environnementales. » CLAIRE NOUVIAN, FONDATRICE DE BLOOM

Celle-ci consiste au déploiement d’un filet en forme d’entonnoir sur le fond marin, dont les extrémités sont reliées par un câble servant à encercler le poisson. « Le câble est mis en vibration pour créer un mur de sédiments qui fait fuir les poissons vers le centre de la zone (…). Ils finissent par être piégés dans le filet », complète Bloom. Les Néerlandais et, dans une moindre mesure, les Belges sont les spécialistes de cette technique qui augmente les rendements et laisse les pêcheurs français sans ressource dans leurs propres eaux.

« Faire entendre la voix des quais »

L’ONG et plus de 120 parlementaires français de tous bords veulent donc interdire cette pratique sur les côtes des Hauts-de-France et de la Normandie. Dans une tribune parue dans le Monde, sous l’impulsion du député communiste Sébastien Jumel, ils demandent au gouvernement d’agir, alors qu’une négociation européenne se tiendra le 29 septembre sur la question. À cette date, le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’Union se réuniront afin de réviser l’article 5 de la politique commune sur la pêche. Ce dernier régit l’accès aux eaux territoriales des pays membres pour les flottes étrangères. Une réunion qui « scellera le destin de centaines de pêcheurs côtiers français, fragilisés, comme le milieu marin dont ils dépendent, par le passage quotidien de pêcheurs industriels qui viennent jusqu’à la côte concurrencer la petite pêche », alertent les signataires de la tribune. Selon Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, cette problématique est au carrefour des « luttes sociales et environnementales ». Elle attend donc que les autorités françaises prennent « le soutien clair et net de ces pêcheurs côtiers ». Ce qu’elles ne font pas aujourd’hui.

« Il y a un enjeu politique à faire entendre la voix des quais à Paris et Bruxelles, défend Sébastien Jumel. Ces laboureurs de la mer ont le sentiment d’être les abandonnés de la République. » Pour l’élu normand, si la senne démersale continue, « elle tuera nos pêcheurs » comme la pêche électrique, aujourd’hui interdite, avait conduit à une catastrophe économique et sociale à Dunkerque (Nord). D’où la nécessité de créer d’ici à la semaine prochaine un rapport de forces obligeant Emmanuel Macron à revoir sa position, alors que, d’après deux organisations de pêcheurs, 98 % des pêcheurs de Normandie et du nord du pays sont favorables à l’interdiction de la senne démersale, comme c’est déjà le cas en Nouvelle-Aquitaine et en Bretagne. Le 28 septembre, Sébastien Jumel, soutenu par de nombreux parlementaires, déposera en ce sens une proposition de résolution européenne qui, si elle était votée, fixerait le mandat de la France pour protéger les petits contre les gros.

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