À Sète, le maire clôture le centre-ville pour construire un parking

François Commeihnes n’en démord pas : il a été élu avec ce projet de parking dans sa besace, il le fera coûte que coûte. Même dans une ville du Sud, après l’été caniculaire que nous venons de vivre. Les habitants sont atterrés.

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Vendredi 16 Septembre 2022
les palissades de la honte. photo collectifbancspublics
les palissades de la honte. photo collectifbancspublics

Fini les cris d’enfants sur la place. Finies les pauses sur les bancs, à l’ombre des tilleurs argentés. Finis le verre pris en terrasse, dans les éclats de rire et les éclats de voix, ou le petit plat dégusté. Le maire divers droite de Sète, François Commeinhes, avec l’appui de la préfecture, a pris une décision radicale : il a fait clôturer la place Aristide Briand, centre névralgique de Sète, dans la nuit de mercredi à jeudi. Les manifestants du collectif bancs publics, qui se battent depuis des mois contre le projet de parking souterrain du maire, n’ont rien pu faire. À cinq heures du matin, jeudi, ils se sont fait expulser dans les rues avoisinantes. Des palissades ont été montées, qui engloutissent la ville, son histoire et son futur, dans le néant.

Pourquoi le néant ? Parce qu’il est question, dans une ville du Sud, après un été d’une chaleur et d’une sécheresse inouïes, de construire un parking, en plein cœur de ville. À l’heure où l’on parle d’une végétalisation indispensable pour lutter contre les effets du réchauffement climatique, François Commeinhes, lui, bétonne. Et pas un peu : un autre parking a été construit, à quelques encablures de la place Aristide Briand. Le présent et l’avenir des riverains dans cette histoire ? Le maire s’en tape. C’est « son » projet, il a « été élu » dessus.

Les protestations hebdomadaires, les manifestations, les banderoles « non au parking » dans toute la ville, même très loin du centre ? Il a répliqué en modifiant le projet, et l'aannoncé dans le quotidien régional Midi Libre le 5 septembre dernier : il avait prévu 23 arbres, il en plantera 107 à la place des 63 actuels… mais en pot, puisqu’en dessous, ce sera un parking. Il restaurerait le kiosque, qu’il avait prévu de détruire, et il y aurait même deux aires de jeu à la place d’une seule. Bon, un parking de 317 places en plein cœur de ville, quand même, parce que c’est absolument indispensable dans une ville aux rues tortueuses comme Sète... Lundi, dans sa conférence de presse, il a affirmé « Je pense que c’est une bonne chose d’évacuer la place pour commencer ». Donc en interdire l’accès, alors que quatre recours sont à l’œuvre pour empêcher le massacre, les 63 tilleuls arrachés, le kiosque historique démantelé, le sous-Sol couvert de béton pour des voitures… alors que trois autres parkings, qui ne sont pas remplis même en haute saison, sont déjà dans le centre-ville.

L’émotion est grande dans la ville de Brassens et de Vilar. François Piettre, l’un des fondateurs du collectif « bancs publics », qui lutte pied à pied depuis dix mois contre le projet de la mairie, avoue « en avoir pleuré », quand il a vu de sa fenêtre se monter les palissades. La petite table rouge du collectif , présente quasiment tous les jours, a été déplacée à un angle de la place. Depuis jeudi, « c’est affreux, on a un afflux de gens qui s’agglutinent, consternés, en colère, qui pleurent », explique-t-il au téléphone. Selon lui, « des vigiles surveillent en permanence les palissades, et le maire est suivi dans ses déplacements par deux policiers nationaux et deux voitures de la police municipale : on est dans une atmosphère poutinienne ». cette confiscation de l’espace public, et ces décisions suicidaires en termes d’aménagement du territoire ne semblent pas émouvoir la justice et la préfecture. Après nous, le déluge, en somme.

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