Nouvelle base pour l’alternative

Publié le
Samedi 17 Septembre 2022

Atterrissage réussi. Il n’y avait rien d’évident à ce que la Fête de l’Humanité, qui avait pris racine en Seine-Saint-Denis depuis cinquante ans, se transplante dans cette nouvelle contrée qu’est la Base 217 du Plessis-Pâté. En réalité, tout le week-end, il est apparu assez évident que, quel que soit le lieu où se posent ses stands, ses scènes, ses guinguettes et ses agoras, l’esprit de la Fête demeure, la magie opère. La météo a même ajouté sa petite touche et la boue, qui fait partie de la mythologie de la Fête, a été une sorte de pont entre l’ancien site de La Courneuve et cette nouvelle base en Cœur d’Essonne. La réussite de cet événement unique est rendue possible grâce à une alchimie toute particulière sous l’impulsion d’un engagement communiste indispensable auquel s’agrège une kyrielle de justes causes, de volontés transformatrices, d’énergies citoyennes.

Cette année comme jamais dans la période récente, la Fête de l’Humanité aura joué son rôle de carrefours des alternatives, de mise en commun des forces et des idées. Le désir de paix y a résonné dans toutes les allées avec des progressistes du monde entier qui, confrontés aux affres de la guerre dans leurs pays, sont venus crier le besoin de discussions multilatérales pour faire taire les armes, en Ukraine comme ailleurs. En France, qui aurait imaginé il y a un an une tribune avec tous les représentants de la gauche qui réfléchissent ensemble aux moyens d’agir devant un public non pas divisé en faction mais qui guettait chaque occasion de s’exprimer à l’unisson ?

Signe d’une nouvelle ère à gauche, le Parti socialiste a tenu un stand sur la Fête pour la première fois et Jean-Luc Mélenchon y est revenu après six ans d’absence. Les échanges auront permis de se départir des postures, des divergences factices et de mettre en lumière les chemins communs sur les questions sociales, bien sûr, mais aussi sur des sujets aussi sensibles que la laïcité ou l’écologie. Ce n’est pas le moindre des apports de cet espace de débat qui, loin des phrases rapides ou des clashs des chaînes d’info, permet le développement d’arguments et de dialectiques qu’exigent les immenses défis sociaux et climatiques qui se dressent devant nous. Si la Fête est le berceau naturel des convergences, elle est aussi le lieu où peuvent s’exprimer les désaccords. Il ne s’agit pas de nier les divergences réelles et parfois profondes qui existent à gauche sur l’économie, l’environnement, l’Europe où sur la meilleure façon de reconquérir les classes populaires. La confrontation est nécessaire et chaque visiteur de la Fête a pu avancer dans ses réflexions.

Au milieu d’un bouillonnement festif et culturel, des milliers de jeunes ont découvert une force collective qui ne renonce pas devant les régressions sociales et les projets réactionnaires. Ils ont pu entendre, projet contre projet, des dirigeants syndicaux, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, ou des politiques, et notamment le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, argumenter face aux ministres de Macron sur les moyens de répondre aux problèmes sociaux urgents, comme le pouvoir d’achat, ou des enjeux d’avenir comme l’industrie ou l’énergie. Tous ces débats préparent la rentrée sociale et les manifestations des 22 et 29 septembre pour la santé et pour une autre répartition des richesses. Chacun sait bien que, malgré la colère dans le pays, leur succès n’est pas acquis d’avance. La Fête aura servi de catalyseur, d’incubateur de luttes pour tendre vers des mobilisations d’ampleur dont le besoin s’est fortement exprimé en Cœur d’Essonne et doit maintenant essaimer dans les quartiers et les entreprises de tout le pays.

Par Cédric Clérin, rédacteur en chef

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