Crise énergétique. Comme un bruit de verre brisé chez Arc

Chômage partiel, fermeture d’un four, diminution de la production... les mauvaises nouvelles se cumulent dans cette verrerie du Pas-de-Calais. La direction argue de la flambée de l’énergie.

Publié le
Mercredi 7 Septembre 2022
ANDBZ/ABACA

Lille (Nord), correspondance.

Depuis le 1er septembre, 1 600 salariés sont placés en chômage partiel, deux jours par semaine. On sait également, depuis hier, qu’un four, sur un total de huit, sera définitivement éteint et que la production annuelle passera de 260 000 tonnes à 225 000 tonnes. Les annonces faites ce mardi en réunion de CSE extraordinaire dans la verrerie historique du groupe Arc, à Arques (Pas-de-Calais), sont qualifiées d’ « extrêmement inquiétantes » par Patrice Bollengier, secrétaire (CFE-CGC) du CSE.

À lui seul, le four D – celui dont les jours sont comptés – fait travailler 340 personnes. Plusieurs autres fours devraient être arrêtés d’ici la fin de l’année, pour anticiper des programmes de réparation déjà prévus. L’un d’eux devrait redémarrer courant janvier. Pour les autres, pas plus de précision. Un flou d’autant plus inquiétant qu’il faut trois semaines pour remettre en marche un tel équipement.

Aucune suppression de poste n’est pour le moment évoquée, mais il est sûr que, dans les prochains mois, les journées de chômage partiel, qui s’accompagnent d’une perte de 16 % du salaire net, ne se limiteront pas aux « fonctions support » (administratif, vente…), comme c’est le cas pour le moment. La direction argue d’une baisse des commandes, qu’elle chiffre à 24 %, et d’une envolée des prix des matières premières et de l’énergie. Cinq des huit fours – ceux qui assurent les plus grosses productions – fonctionnement au gaz, les autres à l’électricité. « Le prix du gaz a été multiplié par quatre en un an », estime Guillaume Rabel-Suquet, directeur des ressources humaines, cité par France 3. « En 2021, nous dépensions 19 millions d’euros pour le gaz ; en 2022, 75 millions d’euros », ajoute-t-il. « Le premier semestre (2022 – NDLR) était le meilleur depuis sept ans. L’ambiance était presque à l’euphorie », rappelle pourtant Patrice Bollengier, pointant les ventes record alors enregistrées. Il va plus loin : « Je pense que la direction avait ce projet parmi d’autres dans ses cartons depuis un moment et qu’elle le sort sous prétexte de l’augmentation des prix de l’énergie. »

S’il reconnaît les difficultés conjoncturelles rencontrées par l’entreprise, Frédéric Specque, délégué syndical central CGT, s’interroge sur un revirement complet de stratégie. La production de certains modèles de verres ou encore des hublots de machine à laver sera ainsi abandonnée, sans que ces quantités soient remplacées. « On abandonne du volume à la concurrence pour se focaliser sur des séries à plus forte valeur ajoutée », résume-t-il. « Même si le directeur général s’en défend, cela ressemble fort à un renoncement », ajoute l’élu du personnel, qui prédit une « spirale infernale descendante ». « On envoie un mauvais signal, celui qu’Arc réduit la voilure », conclut-il.

Après une longue période de diminution des effectifs qui a fait passer la verrerie de 11 700 CDI en 2000 à 4 600 aujourd’hui, le site d’Arques avait pour la première fois inversé la courbe en 2021. Modeste mais symbolique : 450 recrutements pour environ 250 départs annuels en retraite ou démissions. « Nous n’avions plus les compétences nécessaires », explique Frédéric Specque. Cette année, 500 embauches étaient prévues. Les quelque 413 déjà effectuées depuis janvier, selon les chiffres de la direction, ne devraient guère augmenter d’ici fin décembre. Les deux élus au CSE anticipent même un nombre important de démissions, notamment parmi les jeunes nouvellement embauchés, inquiets pour leur avenir chez Arc. Les 500 intérimaires, comme les sous-traitants, craignent également un grand coup de rabot.

Créée en 1825, la petite Verrerie Cristallerie d’Arques est devenue un groupe international qui compte trois autres sites de production, aux États-Unis, aux Émirats arabes unis et en Chine. Longtemps propriété de la famille Durand, elle a vu l’entrée au capital d’actionnaires extérieurs, dont l’américain PHP en 2016. L’actionnaire unique est désormais l’américain Dick Cashin. Parallèlement, les plans de refinancement, pouvant allier fonds russes et argent public français, se multiplient. Le dernier en date, enclenché en 2020, comprend un prêt de 128 millions d’euros versés par l’État. Le conseil régional des Hauts-de-France a également apporté son écot. À l’époque, la ­sénatrice PCF du Pas-de-Calais Cathy Apourceau-Poly et son collègue député du Nord, Fabien Roussel proposaient même « un apport financier plus considérable de l’État », à 250 millions d’euros, « pour accélérer la modernisation de l’usine », mais en le conditionnant « à une entrée de l’État au capital de l’entreprise, pour la sécuriser ». Une proposition qu’ils rappellent aujourd’hui dans un communiqué, assortie d’une injonction au gouvernement de « sécuriser l’approvisionnement en gaz, à un prix régulé, et beaucoup plus bas qu’à l’heure actuelle ».

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