Michel Barbier, un maire qui swingue

Saxophone en main, il débarque à la Fête de l’Humanité avec son groupe de jazz. Édile PCF d’Eu, il est un de ces élus ruraux qui se battent pour préserver et dynamiser leur commune.

Publié le
Jeudi 15 Septembre 2022

Quand on a proposé à Michel Barbier de jouer à la Fête de l’Humanité, il n’a pas hésité. « C’est un peu un rêve », explique le saxophoniste de jazz, également maire communiste, depuis 2020, d’Eu, en Seine-Maritime. « C’est un Parisien qui nous a entendus jouer dans notre commune et qui nous a proposé de venir », explique tout sourire l’élu mélomane, qui s’est produit sur le stand du PCF de Paris avec ses compères du groupe les Lombrics bleus, le batteur, Walter Boucher, Valentin et Jean René Martel, pianiste et trompettiste, le bassiste Arnaud Dujeancourt et le guitariste Johanny Giet. Il faut dire qu’avec la Fête, l’histoire d’amour est ancienne. Sa première, il s’en souvient encore, c’était en 1985. Et depuis, il n’en a raté aucune.

Si elle est placée sous le signe de la musique, la présence de l’élu à la Fête, ortho­phoniste dans le civil, est en parfaite cohérence avec son engagement politique. Entré au Parti communiste au début des années 2000, Michel Barbier est tombé dans la marmite dès l’enfance. Son grand-oncle Alfred Golliard, ancien préfet du Jura (1934-1940), a tenu tête au gouvernement de Vichy et est entré dans la Résistance en 1942. La mémoire de cet illustre aïeul arrêté, déporté puis assassiné dans les chambres à gaz du château d’Hartheim, en Autriche, s’est transmise dans la famille de génération en génération.

Ancien responsable syndical orthophoniste

C’est donc tout naturellement que Michel Barbier est entré en politique. Après avoir exercé dans les années 1990 des responsabilités au sein du syndicat professionnel des orthophonistes, il décide de se mettre au service de sa ville. En 2008, il rentre dans l’équipe de la maire socialiste comme adjoint à la culture. Bouté hors de son poste par le retour de la droite, il revient en force en 2020 en unissant la gauche municipale sous sa bannière. Son score explose. Il est élu au second tour avec 49 % des voix, devenant le premier maire communiste de la ville. Le voilà désormais locataire du château où siège la mairie de la petite ville normande. En son temps, Louis-Philippe y invitait ses ministres.

II s’étonne encore d’avoir été élu . « Je n’ai pas cherché à être maire, c’est venu naturellement », sourit l’édile. Sa recette : « Faire de la politique de proximité. » Dans une petite ville de 7 800 habitants,  « on est proche des gens, c’est très différent de l’échelle nationale ou des grandes villes », insiste-t-il. Son adjoint Sébastien Godeman appuie : « Tout le monde aime Michel, quelle que soit l’opinion politique. » D’ailleurs, cela explique que dans cette ville « traditionaliste », selon les dires de son ami , « l’étiquette communiste n’empêche pas les gens de voter pour nous ».

Le volontarisme de l’équipe municipale se heurte aux restrictions budgétaires. « Quand on est élu et qu’on a des convictions, c’est frustrant d’avoir un budget restreint, on a peu de marge de manœuvre », explique Michel Barbier. Eu fait partie de ces villes chargées d’histoire qui doivent retrouver du souffle pour continuer à exister mais qui sont contraintes par manque d’argent. La commune détient le troisième patrimoine de Seine-Maritime, avec de nombreux bâtiments classés. « C’est une ville très originale, on a le musée Louis-Philippe et deux théâtres pour les 7 800 habitants », se félicite le maire. Mais, faute de moyens, « certaines propriétés sont en péril, se désole le communiste . On a un patrimoine qui se détériore et qu’il faut préserver. Il faut que l’État nous aide ».

Comme si cela ne suffisait pas, la municipalité est confrontée à l’augmentation du prix de l’énergie, qui met ses comptes dans le rouge. Michel Barbier peine à boucler le budget. « Il y a des dépenses incompressibles », rappelle-t-il. Malgré tout, lui et ses équipes se démènent au quotidien pour dynamiser leur territoire. Confrontés au manque de médecins après plusieurs départs récents à la retraite, ils ont mis en place une bourse d’aide pour les étudiants en médecine en échange de leur engagement à s’installer à Eu. Michel Barbier a également réussi, avec l’aide de la communauté de communes, à conserver l’hôpital de proximité de la ville et son service d’urgences.

Comme presque toutes les communes rurales, Eu est confrontée au vieillissement de sa population. Pour y remédier, Michel Barbier a mis en place « un conseil municipal de jeunes » sur lequel il compte beaucoup Il met aussi un point d’honneur à partager le pouvoir avec ses adjoints, auxquels il donne beaucoup de liberté et de prérogatives . Et de conclure : « Je dis souvent : “on est maire”, et pas : “je suis maire”. »

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