Les présidents de groupe Éliane Assassi (PCF), Patrick Kanner (PS), Valérie Rabault (PS) et Jean-Luc Mélenchon (FI) étaient présents hier devant l’Assemblée, tout comme les responsables de parti Fabien Roussel (PCF) et Olivier Faure (PS). Nicolas Cleuet/Hans Lucas
Les présidents de groupe Éliane Assassi (PCF), Patrick Kanner (PS), Valérie Rabault (PS) et Jean-Luc Mélenchon (FI) étaient présents hier devant l’Assemblée, tout comme les responsables de parti Fabien Roussel (PCF) et Olivier Faure (PS). Nicolas Cleuet/Hans Lucas

Aéroports de paris. « Le million prend Macron au mot ! »

Jeudi, 5 Décembre, 2019

La campagne sur l’avenir d’ADP a atteint hier le cap du million de signatures. Les parlementaires mobilisés réclament un rendez-vous à Emmanuel Macron ainsi que la tenue immédiate d’un scrutin.

Peut-on ignorer ne serait-ce qu’une fois un million de personnes ? Car c’est officiel : plus d’un million de Français ont signé pour qu’un référendum soit organisé pour ou contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Le Conseil constitutionnel l’a confirmé hier matin. Pour célébrer cet exploit, plusieurs des 248 parlementaires à l’origine de la campagne se sont réunis devant l’Assemblée nationale, munis de leur écharpe tricolore et d’une banderole aux couleurs du million. « Nous ne sommes pas seuls, loin de là. Nous voulons un rendez-vous avec Macron ! » réclame Patrick Kanner, président du groupe PS au Sénat. À ses côtés, la présidente du groupe CRCE, Éliane Assassi, enchaîne : « Maintenant, le référendum ! »

Certes, il faut, selon la loi, réunir 4,7 millions de signatures d’ici au 12 mars pour déclencher automatiquement un référendum. Mais, dans un courrier adressé hier au président de la République, les 248 élus citent un engagement qu’Emmanuel Macron a lui-même prononcé. « Je souhaite que nous puissions aller plus loin sur le référendum d’initiative partagée (RIP), en permettant que l’initiative puisse venir de citoyens, un million de citoyens », a déclaré le chef d’État le 25 avril dernier, à l’issue du grand débat national. « Chiche ! », « Tope là ! », « Allons-y ! », lui répondent les parlementaires. « Ce million prend Macron au mot », insiste Éliane Assassi. « Macron est devant sa promesse. Il est devant le chiffre qu’il avait désigné comme crédible. Nous lui demandons de convoquer le référendum », poursuit le sénateur PCF Pierre Laurent.

L’intérêt national est en jeu

Devant les portes de l’Assemblée nationale, la photo de famille laisse place à une conférence de presse à ciel ouvert. L’arc de rassemblement de départ a tenu bon : des élus LR, PS, PCF, FI, EELV, Génération.s, centristes et radicaux sont présents. « Cet arc est parfaitement légitime car c’est l’intérêt national qui est en jeu. Et nous sommes légitimes à participer à un référendum d’initiative partagée (RIP), car c’est Nicolas Sarkozy qui l’a créé. Je rappelle en outre que l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle a été voulu par de Gaulle », pointe Olivier Marleix. Pour le député LR, les équipements que la majorité veut vendre « ne sont pas des créations spontanées du marché. Ils ont été voulus par la puissance publique. Ils sont utiles à notre indépendance et à notre souveraineté nationale. Et tout d’un coup l’État ne serait plus légitime pour les gérer ? Mais pourquoi ? Parce qu’ils sont rentables » ?

Gilles Carrez ne mâche pas ses mots lui non plus. « En 2005, je me suis opposé à la privatisation des autoroutes et je n’ai pas été entendu. Là, nous avons un million de signatures contre la privatisation d’ADP. Comment ne pas les prendre en considération ? » Le député LR déplore « la fin de non-recevoir systématique » d’un gouvernement « autiste » et d’une « majorité aux ordres », uniquement guidés par « l’opportunisme et le court-termisme ». « Même aux États-Unis il est hors de question de privatiser de telles infrastructures stratégiques. Il faut se remettre autour de la table maintenant. Et si l’État veut absolument sortir du capital d’ADP, il y a d’autres solutions : les départements d’Île-de-France et la Caisse des dépôts et consignations peuvent le remplacer », propose-t-il.

Briser l’indifférence médiatique

Reste que les parlementaires mobilisés n’attendront pas sagement une réponse de l’Élysée. Ils espèrent que le cap du million, qui prouve magistralement l’intérêt des Français, permettra de briser l’indifférence médiatique. « Nous demandons à Macron de faire cesser le silence sur notre loi référendaire », appelle le député FI Éric Coquerel. « Tous les meetings sont pleins. Le rythme des signatures est reparti à la hausse : nous visons les 2 millions. Et nous allons poursuivre nos actions devant le Conseil constitutionnel et le CSA pour que vive la campagne », assure Éliane Assassi. « Nous avons voulu nous-mêmes payer de la publicité et les radios n’en ont pas voulu, c’est dire si tout est fait pour nous mettre des bâtons dans les roues. Mais le million a quand même été atteint. C’est incroyable, c’est énorme, et c’est sans précédent dans l’histoire de notre République. Le débat doit avoir lieu et les Français doivent pouvoir se prononcer, c’est tout ce que nous demandons. Le président doit tenir sa parole », affirme le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. 

Aurélien Soucheyre
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