Contre-feux. Le Point à boulets rouges contre la CGT

Vendredi, 17 Janvier, 2020

L’hebdomadaire, dans son édition de jeudi, désigne Philippe Martinez et la CGT comme responsables de tous les maux de la France. Au-delà, ce qui est visé, c’est le droit de grève.

L’ennemi public numéro un, pour le Point, c’est Philippe Martinez. Sur sa une cette semaine, l’hebdomadaire a mis la photo du responsable syndical de la CGT, bras croisés, moustache tombante et mine patibulaire, au-dessous du titre : « Comment la CGT ruine la France ». On pourrait ergoter sur le choix de cette photo, qui témoigne d’une vision caricaturale des rapports de classe : les teigneux et méchants prolétaires qui veulent casser le pays en mille morceaux. Parce que quoi ? Ils sont envieux ? Ils sont mauvais par nature ? Ils ont une revanche sociale à prendre ? Il y a de tout ça dans cette une. Il y a surtout un homme seul. Et pas n’importe quel homme : une teigne. Un homme seul qui fait la gueule, sur un fond quasi noir, comme le néant. Au-dessus de lui, quand les titres s’étirent sur Arnaud Lagardère et Emmanuel Todd, le fond devient bleu. À l’intérieur, sans surprise, entre éditoriaux de Franz-Olivier Giesbert (soupir) et Brice Teinturier (un poème) et articles, on apprend qu’en France, les gros privilégiés, ce sont les cheminots. Et particulièrement ceux de la CGT. Ces fâcheux qui plombent la SNCF et le PIB (si, si, c’est écrit), avec ces 29 699 820 jours de grève depuis 1947.

Les barbecues et les merguez grillées ? Des pratiques « du niveau de conviction qu’on peut parfois trouver dans les sectes ou les partis politiques ». On n’ira même pas chercher des poux sur les fameuses révélations du journal, parce qu’elles n’en sont pas réellement. En revanche, on peut attester de trois vérités : il faut que cette bourgeoisie ait bien peur pour en arriver à ce point-là. C’est assez incroyable de désigner un responsable syndical comme un chef d’armée, que ses troupes suivraient aveuglément. Et assez pathétique, au bout de six semaines de blocage, de remettre ainsi en cause le droit de grève.

Le journal appartient au groupe Pinault, trentième fortune mondiale. Des gens qui ne sont absolument pas des privilégiés, comme chacun sait.

Caroline Constant

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