Cinéma. Marie-José Tubiana, combattante du Darfour à Paris

Dans son nouveau documentaire, Camille Ponsin dresse un  incroyable portrait de cette ethnologue nonagénaire. Et met en lumière des Soudanais, déboutés du droit d’asile.

Publié le
Mardi 4 Octobre 2022
Marie-José Tubiana, 90 ans, ethnologue à la retraite, spécialiste du Darfour dont le film la combattante raconte sa vie dédiée aux réfugiés.
Marie-José Tubiana, 90 ans, ethnologue à la retraite, spécialiste du Darfour dont le film la combattante raconte sa vie dédiée aux réfugiés.
© Minima productions
La Combattante, de Camille Ponsin, France, 1 h 34

Marie-José Tubiana, 90 ans, est une ethnologue à la retraite, spécialiste du Darfour. Rien d’extraordinaire en soi, et pourtant… Camille Ponsin a décidé de poser sa caméra face à elle. Parce que, après avoir sillonné sa vie durant le Soudan et le Tchad, rencontré des populations nomades et sédentaires, identifié leurs appartenances ethniques et culturelles, dressé des cartes de pistes et de villages dont certains ont aujourd’hui disparu, la voilà qui met son savoir au service des descendants de ces mêmes éleveurs et agriculteurs qu’elle avait côtoyés dans les années 1960.

Soudanais pour la plupart, ils ont fui les exactions au Darfour, perpétrés par l’armée du dictateur El Bechir et la milice janjawid. Pour les femmes se rajoute l’exil afin d’échapper aux mariages forcés et l’excision pour leurs filles. Ils ont pourtant été déboutés de leur demande d’asile par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et racontent à nouveau leur histoire. L’ethnologue sort ses carnets, retrouve la trace des lieux et authentifie les récits, ce qu’elle s’empresse de faire savoir à l’Ofpra.

Le documentaire qu’en tire Camille Ponsin est incroyable. Le réalisateur, tout en délicatesse, comme on recueille des larmes, image ces paroles – scènes de vie paisibles et arrivée des barbares – par des extraits de films dont beaucoup ont été tournés en 16 mm par Marie-José Tubiana elle-même. Un film autant sur le destin des réfugiés du Darfour qu’un portrait de Marie-José, la combattante, pour qui les mots justice et solidarité ont encore un sens.

Plus d'articles sur les sujets qui vous intéressent : 
cinémadocumentaireDarfoursoudan