« L’Antimonde » selon le romancier Nathan Devers

Publié le
Jeudi 1 Septembre 2022

     « Il fallait la raconter, cette spirale. La spirale de ceux qui tournent en rond entre le virtuel et la réalité (…) Le cercle vicieux d’une génération qui se connecte à tout, excepté à la vie ».

     Qu’est-ce que le « métavers » (calque de l'anglais metaverse) ? Un monde possible, une planète qui n’existe pas mais à laquelle nous pouvons (nous pourrons), tous accéder. En somme, un monde virtuel. « Le terme est régulièrement utilisé pour décrire une version future d'Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles via interaction 3D ou 2D en visioconférence », nous dit Wikipédia. Le métavers imaginé par le romancier Nathan Devers s’appelle « l’Antimonde » dans Les liens artificiels. Qu’est-ce que l’Antimonde, selon notre auteur ? C’est le moment, le point du temps où l’homme devient l’artisan, en quelque sorte, d’une nouvelle dimension de l’être. Ainsi de nouveaux démiurges vont-ils naître ! Il leur suffit d’un ordinateur, d’un casque, d’une combinaison tactile et le tour est joué : il leur est donné de vivre, à travers leur avatar, une seconde vie (une vie doublée), plus folle, plus libre, plus riche. Des perspectives neuves vont s’offrir à eux.

     Les liens artificiels est un roman sur l’impact des écrans, sur la confusion entre le réel et le virtuel, sur le brouillage entre ces écrans et la vie. Car l’Antimonde de Devers se construit contre le réel. La dimension philosophique implicite de ce texte n’échappera à personne.

     Julien Libérat est un chanteur raté, dépressif : il ne se remet pas de sa rupture avec May. Il « s’enlise dans son quotidien ». Bientôt, il découvre en ligne « un monde ‘’miroir’’ d’une précision diabolique où tout est possible ». Voilà donc une seconde chance qui se présente. Mais sera-t-il là,  enfin, de l’autre côté de la vie, ce qu’il a rêvé d’être depuis toujours ?

     Ce roman singulier, brillant est l’une des belles surprises de la rentrée littéraire. Il se construit sur une analepse, autant dire qu’il éclaire les biographies croisées de Julien Libérat, l’anti-héros et d’Adrien Sterner, l’inventeur de l’Antimonde et, partant, d’une contre-société. Sterner est un milliardaire qui passe sa vie à relire la Bible : des prophéties de Jean (L’Apocalypse), il essaye de tirer des idées de révolutions technologiques. Julien est un rêveur, Adrien un prophète d’un genre nouveau. Vrai ou faux prophète ? Vous le découvrirez en lisant Les liens artificiels. C’est, ensemble, une tragédie troussée par un ironiste et une comédie brossée par un réfractaire. La lucidité de Devers est permanente. Il ne passe rien à sa génération !

Les liens artificiels

de Nathan Devers

Albin Michel

328 p.

19,90 euros

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