Le merveilleux cabinet de curiosité de Véronique Bruez

Publié le
Jeudi 16 Juin 2022
Vincent Roy
Vincent Roy
Ici habite le bonheur
de Véronique Bruez
Arléa 214 p. 19 euros

  Ici habite le bonheur est un cabinet de curiosité, « une flânerie dans le passé, égyptien, grec ou romain, à travers la langue, les objets, les habitudes ». Rien de nouveau sous le soleil, semble nous dire Véronique Bruez tant elle souligne la permanence du coeur humain. En effet, devant l’horizon de la Méditerranée, naît l’amour de la sagesse, la philosophie. Comment aimer ? Comment supporter la perte d’un être aimé ? Déjà, des hommes et des femmes se posaient les questions qui sont toujours les nôtres.  « Les Grecs et les Romains s’inquiétaient de la disparition des abeilles, faisaient des blagues et des plats à emporter, taguaient les murs, observaient le tourisme de masse et se plaignaient de la pollution sonore. Ils pratiquaient la liposuccion, savaient le sexe bénéfique ».

     Curiosare, en italien, signifie fureter. C’est ainsi que Bruez procède. À la diable ! D’un mot, d’une expression l’autre… Son ouvrage est d’abord un bonheur d’écriture. Son érudition nous réjouit. Le lecteur, très vite, est sous le charme. C’est que l’autrice est vive, enjouée, profonde et légère (rien de contradictoire ici, au contraire). Elle est passionnée de littérature classique. Dans l’Antiquité, elle est comme chez elle. Voilà son jardin. La visite est un enchantement.

     Le bikini existait déjà à Rome : pour s’en convaincre, il suffit de regarder les célèbres mosaïques de la villa des Casale. Le capitalisme aussi ! Et Picsou : à preuve, Suétone ne racontait-il pas que Caligula aimait se rouler dans ses pièces d’or ?

     Sait-on, pour être plus sérieux, que « persona » est un vieux mot étrusque signifiant le masque des acteurs et qui a donné…personne ? Sait-on qu’ Olisbos« n’est pas le nom d’une île grecque, mais désigne un godemiché, mot venant du latin gaude mihi , « réjouis-moi » ? Que le poète Juvénal avait déjà prophétisé le mariage pour tous ? Et que Viriplaca, déesse romaine qui recevait sur le Palatin, pratiquait la psychothérapie de couple ? « Elle rendait la paix aux ménages ».

     Procurez-vous au plus vite ce livre lumineux donc éclairant. Et, à l’instar de Pindare, n’oubliez pas que « l’homme n’est que le rêve d’une ombre ».

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