Scènes multiples des mondes arabes

Publié le
Lundi 3 Octobre 2022

Marjorie Bertin a piloté le numéro 147 de la revue Alternatives théâtrales, consacré aux « Scènes contemporaines des mondes arabes » (1). Elle souligne que « ce théâtre est déterminé, dans sa pratique comme dans son économie, par les problématiques sociales et géopolitiques des pays dans lesquels il est joué ou dont il s’exile ». Des chercheurs et critiques arabo­phones contribuent à la richesse du dossier, lequel ouvre des horizons à la connaissance. On note dans l’ensemble une forte prégnance de la famille, singulièrement des mères, par exemple chez le Libanais Ali Chahrour, trois fois invité au Festival d’Avignon, où il a notamment montré une pièce chorégraphiée bouleversante, Du temps où ma mère racontait. Wajdi Mouawad, lui, a quitté le Liban depuis longtemps. Dans Mère, qu’analyse Emmanuelle Favier, il poursuit, en une langue française pulsée par la rythmique de l’arabe, l’incessante quête de son origine. Tamara Al Saadi dans Istiqlal (indépendance) célèbre ses aïeules irakiennes, et la Libanaise Hanane Hajj Ali s’empare de Médée

Omar Fertat donne à penser sur « Les nouvelles sensibilités de la scène théâtrale marocaine contemporaine », caractérisée, entre autres, par une féminisation accrue, l’apport de la danse, de la musique et le multilinguisme. Pauline Donizeau passe au crible « Une décennie de théâtre égyptien entre résistance et résilience ». Astrid Chabrat-Kajdan explore « Le théâtre en Palestine ou l’imbrication entre la création et le contexte politique et matériel ». Grande dame de la culture en son pays, Hanan Kassab Hassan intervient sur « Le théâtre pour survivre. Réflexions autour de la production théâtrale syrienne ». Pour elle, « le besoin de raconter la guerre (…) risque, à la longue, d’empêtrer les artistes syriens dans une orientation unique qui entrave leur imaginaire ». Nedjma Hadj Benchelabi, dans un entretien, prône « l’hybridité » plutôt que la « multiculturalité ».

Thomas Hahn, dans « Cinquante nuances de Maghreb », répertorie l’apport essentiel des chorégraphes de talent qui en sont issus, par exemple, évoqué par Amélie Beaucour, Fouad Boussouf, qui « mélange ses racines marocaines et son amour du hip-hop ». Il s’avère impossible de tout révéler ici d’une livraison aussi étoffée. Qui cela touche pourra y aller voir de plus près. Ah ! j’oubliais : à la fin on trouve, sous la plume de Marjorie Bertin, un beau portrait de Sapho « l’enchanteuse », vue comme « La magicienne des deux rives ».

(1) Alternatives théâtrales, revue des arts de la scène éditée à Bruxelles, 80 pages, avec de très nombreuses et belles photographies, 17 euros.
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