Éditorial. Ruine

Vendredi, 17 Janvier, 2020

L'éditorial de Sébastien Crépel. L’offensive redoublée contre Philippe Martinez est la traduction de la hantise d’une partie de la bourgeoisie de perdre la main. 

La presse de François Pinault lâche ses chiens sur la CGT. Le Point, le magazine du milliardaire célèbre pour ses démêlés avec le fisc, titre cette semaine : « Comment la CGT ruine la France ». On voit ainsi nettement quels intérêts puissants dérange la lutte que poursuivent avec responsabilité et abnégation les opposants à la réforme des retraites. Après plus de quarante jours de grève, les alliés du pouvoir commencent à perdre patience et, surtout, confiance. « S’est-il dégonflé ? » interrogeait gravement l’hebdomadaire la semaine dernière, en montrant un Macron à la mine dubitative.

L’offensive redoublée contre Philippe Martinez est la traduction de la hantise d’une partie de la bourgeoisie de perdre la main. Avant Noël, dans le même média, Franz-Olivier Giesbert se plaignait d’une grève qui « bénéficie, c’est à pleurer, du soutien d’une partie non négligeable des Français ». Mais il ajoutait : « Ça leur passera. » Comme souvent, « FOG » s’est trompé : ça ne leur passe pas. Après le mouvement des gilets jaunes, que le chef de l’État s’est montré incapable de mettre au pas, le retour sur le devant de la scène d’un monde du travail plus organisé et puissant qu’on ne le pensait, avec ses figures syndicales incontournables, met la droite sur des charbons ardents.

La une du Point résume à elle seule cette haine de classe. Sur le fond, l’hebdomadaire n’a rien à révéler, sinon son manque d’imagination, avec un titre déjà usé par le passé à propos, pêle-mêle, des dockers, des contrôleurs aériens ou des « fraudeurs de la Sécu » (sic). Pas un mot, en revanche, sur l’appel du projet de loi gouvernemental aux « gestionnaires d’actifs » de type BlackRock à faire les poches des salariés pour leur refourguer des fonds de pension. Il y a pourtant beaucoup à dire sur la capitalisation et « comment elle ruine » les régimes de retraite : 15 milliards de déficit chez Boeing aux États-Unis, 22 milliards chez General Electric, si bien que l’entreprise a suspendu l’épargne retraite de 20 000 salariés. En Allemagne, le déficit atteint 33 milliards chez Volkswagen, 9 milliards chez Siemens. On dit stop ou on continue ?

Par Sébastien Crépel
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