Festival. Sons d’hiver célèbre l’œuvre-vie de Paul Robeson

Vendredi, 17 Janvier, 2020

Concert du bluesman Eric Bibb et soirée avec l’auteur Gerald Horne rendent hommage à l’artiste et activiste afro-américain. Rencontre avec Raul Mora, des précieuses éditions ivryennes Otium.

Le frimas de la pensée dominante et des musiques asservies, Sons d’hiver revient le combattre, allègrement. « Avec, toujours, pour unique fil rouge la liberté de créer et l’envie de partager avec le plus grand nombre », souligne Christian Favier, président du conseil départemental du Val-de-Marne. Proposées par les éditions Otium dans le cadre de leur compagnonnage avec le festival Sons d’hiver, les soirées en hommage à l’artiste et activiste afro-américain Paul Robeson ponctueront avec force et émotion cette 29e édition (1). Le 22 janvier, au Hangar (Ivry), Gerald Horne présentera son livre édifiant, Paul Robeson, artiste et révolutionnaire (2). Puis le 24, au théâtre Romain-Rolland (Villejuif), l’essentiel bluesman Eric Bibb révélera sa création Here I Stand, dédiée à son parrain, Robeson. Rencontre avec Raul Mora qui anime, avec Ozgür Gün, les éditions Otium, ainsi qu’Envie de lire, incontournable librairie ivryenne.

Qu’est-ce qui, dans l’approche de Paul Robeson par Gerald Horne, vous a incité à publier cette biographie ?

Raul Mora Le travail de Gerald Horne est paru en 2016 en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Après lecture, il nous a semblé extrêmement stimulant, car il échappe à bien des travers qui charpentent la plupart des biographies ou essais consacrés à Robeson. Souvent, la trajectoire de Robeson est approchée soit par le petit bout de la lorgnette, façon « amour, gloire et beauté », soit façon futur « biopic » pour Hollywood, « le grand homme, l’immense artiste brisé par son aveuglement idéologique ».

En quoi se distingue le travail de Gerald Horne ?

Raul Mora Sa singularité tient à ce qu’il embrasse de façon critique la totalité des publications existantes et qu’il produit de pair un travail scrupuleux, inédit, d’examen des archives disponibles. Le Paul Robeson qu’il restitue recouvre deux dimensions indispensables à la compréhension de son œuvre artistique et de sa trajectoire politique. La première est que l’une et l’autre sont indissociables. La seconde est que Robeson, l’artiste tout comme le militant, est pleinement un « intellectuel organique » – au sens où l’entendait Antonio Gramsci – du mouvement ouvrier comme des luttes émancipatrices afro-américaines. Un intellectuel organique qui n’aimait pas vraiment écrire et qui a laissé peu de textes. Mais une œuvre-vie riche d’enseignements pour les luttes présentes. L’un de ses enseignements les plus précieux est qu’il n’a eu de cesse d’être conséquent. Être conséquent en conscience n’est ni de l’entêtement, ni le fruit d’une quelconque prédisposition au sacrifice, c’est agir en révolutionnaire.

Qu’est-ce qui a guidé votre choix de la création Here I Stand, d’Eric Bibb, filleul de Robeson ?

Raul Mora Eric Bibb s’est imposé comme l’une des figures majeures du blues depuis près de trente ans. Here I Stand est le titre de ce spectacle d’hommage à Paul Robeson, mais aussi celui du seul livre que ce dernier ait jamais publié, ce qu’il fit en 1958. C’est un livre-manifeste, et non une autobiographie comme on le résume parfois. Eric Bibb est un fin connaisseur de l’œuvre de son parrain, le choix de nommer son spectacle ainsi dit bien son ambition : délivrer Paul Robeson de sa fonction d’icône – dans laquelle certains aimeraient l’enfermer –, pour montrer la vitalité de son legs.

Comment s’inscrit le livre de Gerald Horne dans la démarche des éditions Otium ?

Raul Mora En publiant le Robeson de Gerald Horne, nous espérons contribuer à transmettre la mémoire de nos vaincus. C’est ce à quoi les éditions Otium s’engagent à raison de quatre à six livres par an. Qu’il s’agisse de la révolution des œillets ( Grândola Vila Morena, de Jean Lemaître), de l’opération « Condor » ( Peintures de guerre, d’Angel de la Calle), des trois années du gouvernement de l’Unité populaire au Chili ( les Années Allende, de Rodrigo Elgueta et Carlos Reyes), nous nous efforçons d’éditer des livres utiles aux luttes du présent, ne serait-ce que parce qu’ils témoignent avec talent de la force et de la dignité des combats d’hier.

(1) Du 17 janvier au 8 février, www.sonsdhiver.org/fr (2) Paul Robeson, artiste et révolutionnaire, de Gerald Horne, traduit par Joëlle Marelli, éditions Otium, 344 pages, 25 euros.
Entretien réalisé par Fara C.

Sur le même sujet

×