Inégalités. Plus de 5 milliards distribués pour les plus riches

Mercredi, 20 Novembre, 2019

Dans son portrait social, l’Insee confirme que les réformes fiscales faites en 2018 ont profité pleinement aux plus riches, qui ont gagné 790 euros par an de niveau de vie, contre 130 euros à 210 euros pour les autres.

Un coup de pouce de plus de 10 000 euros par an aux plus aisés. En multipliant les cadeaux fiscaux en 2018, le président des riches n’a pas déçu, a confirmé l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) lors de la publication de son portrait social de la France.

Balayant les effets de l’ensemble des mesures fiscales et sociales appliquées l’an dernier, sans toutefois inclure les mesures gilets jaunes, l’institut est formel : « Les 10 % de personnes les plus aisés (dont les revenus sont supérieurs à 57 120 euros – NDLR) bénéficient d’un gain en niveau plus important que les autres. » Pour cette catégorie, le gain moyen est de 790 euros par an, contre 130 euros pour les personnes vivant avec moins de 8 400 euros, et 260 euros pour l’ensemble de la population. Et ce, grâce à la transformation de l’impôt sur la fortune par l’impôt sur la fortune immobilière. Une faveur présidentielle qui a permis à 350 000 foyers d’augmenter leur revenu disponible de « 3,44 milliards d’euros », soit une hausse moyenne de 9 770 euros. Un gain près de 4 fois plus important que feu le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. À cela s’ajoute 1,4 milliard d’euros de la mise en place du prélèvement forfaitaire unique qui vise à plafonner la fiscalisation des revenus de placement à 30 %. Avec à la clé un gain moyen de 270 euros par an pour les 10 % les plus aisés et de 460 euros pour ceux faisant partie des 5 % les plus riches. « Cet effet serait même concentré au sein du 1 % les plus aisés », note l’Insee dans ses références, sans toutefois pouvoir communiquer le montant du cadeau.

Si ces deux mesures calibrées pour les détenteurs de capitaux ont donc fait flamber les revenus des plus riches, il en va tout autrement des autres mesures fiscales ou des prestations sociales censées rendre du pouvoir d’achat et de vivre aux plus pauvres. La baisse de la taxe d’habitation de 30 % (gain annuel moyen de 170 euros), la revalorisation de la prime d’activité, des minima sociaux (220 euros) ou encore les baisses de cotisations sociales (80 euros), le chèque énergie (30 euros), sont venus compenser la réforme de l’aide au logement (perte moyenne de 60 euros) et celle sur les prestations familiales, notamment avec les modifications apportées à l’allocation de base de la prestation d’accueil du jeune enfant (– 270). Avec, au total, « un effet limité sur les inégalités ».

Reste que le gouvernement osera sans doute s’en tenir à un seul chiffre. Celui d’une augmentation de 1,4 % du niveau de vie tout en bas et en haut de l’échelle des revenus. Cependant, si les très bas revenus ont été épargnés, les mesures prises ont laissé de côté les classes moyennes. Ces dernières catégories voient leur niveau de vie augmenter dans une bien moindre mesure, passant de + 1,3 % pour les mieux lotis à 0,7 % pour ceux dont le revenu est compris entre 28 060 et 33 720 euros. L’exécutif retiendra également la hausse de 1,1 % du niveau de vie globale en 2018. Mais ces mesures font 8 millions de perdants, au premier rang desquels les retraités, dont l’effet moyen se limite à 120 euros, contre près de 350 euros pour les actifs.

L’effet global est toutefois « important », relève Michaël Sicsic, chargé d’étude à l’Insee et auteur de l’étude. « À titre de comparaison, celui-ci était nul en 2017. » Un chiffre qui nécessite d’être nuancé, alerte l’Insee. Celui-ci ne prend pas en compte la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et celles des droits sur le tabac. Or, calcule l’Insee, « les réformes de ces prélèvements indirects entraînent une perte globale de 4,51 milliards d’euros pour les ménages ». « Une hausse de la fiscalité indirecte qui affecte les personnes les plus modestes et vivant en zone rurale et périurbaine ». Ainsi, précise l’institut, la perte moyenne pour les 20 % les plus modestes est de « 60 euros ». Celle-ci est aussi comprise entre 70 et 50 euros pour les « personnes vivant dans une commune rurale ou une unité urbaine de moins de 20 000 habitants », contre 30 euros pour ceux de l’agglomération parisienne. En intégrant ces prélèvements indirects, le gain de niveau de vie tombe pour les 10 % les plus modestes à 0,4 %. Soit 30 euros au lieu des 130 euros promis par les mesures gouvernementales. Dès novembre 2018, les gilets jaunes avaient bien compris que le compte n’y était pas.

Les mesures « Gilets jaunes » ne compensent pas les cadeaux aux plus riches

Les nouvelles mesures socio-fiscales annoncées en urgence par le gouvernement en décembre puis janvier – annulation des hausses prévues de taxe carbone (3 milliards d’euros rien que pour 2019), retour à un taux de CSG de 6,6 % pour certains retraités (1,3 milliard), défiscalisation des heures supplémentaires (plus de 3 milliards), revalorisation et élargissement de la prime d’activité (2,3 milliards), pour un total de 10 milliards d’euros – ne devraient pas inverser la tendance consistant à favoriser les plus riches. Ainsi, selon les calculs de l’OFCE, ces mesures représenteraient un gain moyen de « 440 euros par ménage ». Mais ce rééquilibrage vers les classes moyennes, avec un effet potentiel de « 200 euros à 640 euros par an », ne pourra jamais compenser les cadeaux faits aux plus riches au tout début du quinquennat avec la fin de l’ISF additionnée au prélèvement forfaitaire unique. Selon une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP), le gain attendu en 2020 en raison des mesures prises dans les budgets 2018, 2019 et 2020 devrait être de 284 euros par an pour un ménage disposant de 1 149 euros par mois, de 822 euros pour les revenus de 1 537 euros et de 4 462 euros pour un ménage disposant d’un revenu supérieur à 11 713 euros par mois.

Clotilde Mathieu
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