Manifestation anti-FN à Toulouse, le 3 mai 2017, avant le second tour de la présidentielle. A. Pitton/NurPhoto/AFP
Manifestation anti-FN à Toulouse, le 3 mai 2017, avant le second tour de la présidentielle. A. Pitton/NurPhoto/AFP

Le double jeu du Rassemblement national et de LaREM

Jeudi, 5 Décembre, 2019

Le parti de Marine Le Pen cherche à tirer profit de la colère populaire, mais est divisé sur la méthode. Un trouble dont veut se servir de son côté la majorité, pour discréditer l’ensemble du mouvement.

S’il est une constante dans l’attitude du Rassemblement national, c’est sa gêne face aux mouvements sociaux. Celui du 5 décembre ne fait pas exception. Car, sur la question des retraites, le FN a longtemps tergiversé, avant d’arrêter en 2012 une position officielle consacrant les 60 ans comme âge de départ requis, loin d’être partagée par tout le monde dans le parti d’extrême droite. Marine Le Pen témoigne elle-même de cet embarras. Certes, pour la première fois, elle a dit sur BFMTV, mardi, soutenir « la grève, la mobilisation, la manifestation du 5 décembre ». Mais très vite, elle explique ne pas vouloir manifester pour ne pas « aller se mêler à la CGT », qui selon elle « porte une lourde responsabilité dans l’élection d’Emmanuel Macron » parce que la centrale syndicale avait appelé à la faire battre lors de la dernière élection présidentielle. Son parti apparaît aussi divisé qu’elle sur le sujet. Du coup, ses cadres se sont divisé les tâches.

Le vice-président Nicolas Bay ne veut pas marcher « aux côtés de la CGT », qu’il accuse de proximité avec l’islamisme (sic) depuis la marche contre l’islamophobie du 10 novembre. Louis Aliot critique « la méthode de la rue ». Le transfuge LR Thierry Mariani explique qu’il ne faut pas « bloquer un pays qui est déjà mal en point ». D’autres responsables RN ont annoncé leur présence dans les cortèges… incognito ou presque. Selon l’Opinion, le trésorier Wallerand de Saint-Just cherchera à se fondre dans le cortège des avocats. Jean-Lin Lacapelle, responsable aux ressources, dit vouloir « défendre les salariés ». Cocasse de la part d’un ancien haut cadre de L’Oréal, Danone ou Cadbury, jamais entendu lors des mouvements sociaux dans ces sociétés… Le porte-parole du Rassemblement national, Sébastien Chenu, manifestera « sans (son) écharpe », on ne sait où. C’est qu’il doit garder en mémoire cet épisode de mars 2018 : ceint de son écharpe de député cette fois-là, il avait tenté de récupérer un rassemblement contre les licenciements organisé par la CGT métallurgie à Valenciennes. Les militants l’avaient prié de partir, avant de l’y obliger physiquement (sans violences, a jugé le tribunal après sa plainte).

« Le problème dans notre pays ce n’est pas l’immigration, c’est le partage des richesses »

Mardi, à l’Assemblée nationale, Chenu donnait la vraie raison de sa présence, valable pour la plupart des cadres du RN : « Delevoye dit qu’il faudra 50 millions d’immigrés en Europe pour financer les retraites, (mais) est-ce qu’on a besoin d’importer une population étrangère alors qu’on a déjà chez nous des gens qui ont besoin de travailler ? » Comment s’étonner que la CGT ait déclaré par la voix de son secrétaire général, Philippe Martinez, que « le problème dans notre pays ce n’est pas l’immigration, c’est le partage des richesses. Les thèses du Rassemblement national ne sont pas les bienvenues dans les manifestations du 5 décembre ».

Ces lignes rouges posées, il est assez infamant d’entendre encore des membres de la majorité et du gouvernement accuser les forces de gauche et syndicales d’intelligence avec l’ennemi. Dimanche dans le JDD, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin – repris par le délégué général de LaREM Stanislas Guerini – expliquait que pour « la première fois dans l’histoire » FN et PS « manifesteront côte à côte ». Ce qui lui avait valu une réponse cinglante du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, trouvant cela « extraordinaire de la part de gens qui ont, eux, depuis deux ans et demi, été de toutes les abjections sur le sujet migratoire ».

Grégory Marin
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