Dans la tête de Florence Foresti

Télévision L’humoriste a écrit et réalisé sa première série. Elle s’y met en scène, sans fard, avec un peu d’autodérision... et beaucoup d’interrogations.

Publié le
Lundi 3 Octobre 2022
Désordres, Canal Plus, 21 h 10

Une semaine sur deux, la fille de Florence part chez son père. Et cette résidence alternée la laisse seule avec son chien et ses angoisses. La vie pourrait être chouette, puisque cette semaine offre un peu de liberté à la comédienne. Mais ce n’est pas le cas : même si des virées déjantées avec ses copines Julia (Anouk Féral) et Manue (Laetitia Vercken) et son agente Béatrice (Béatrice Facquer) ont ponctuellement lieu, la solitude renvoie Florence (Florence Foresti) à ses angoisses de mort, ses attaques de panique, mais aussi au temps qui passe, à l’écriture du spectacle en cours qui avance plutôt doucement. En huit épisodes, Florence Foresti dresse le portrait d’une femme de près de 50 ans, elle-même, en proie à des doutes existentiels. Cette mini­série connaît quelques moments de pure comédie mais on n’est pas, et c’est assumé, dans le pur délire d’Éric Judor et de son  Platane ou dans l’autodérision de Blanche Gardin avec la Meilleure Version de moi-même. Florence Foresti prend à son compte une certaine gravité et rend un hommage appuyé aux séries qui l’ont bercée, comme Sex and the City ou Seinfeld.

Des amies, des coups de cœur et des angoisses

Car ce que conte  Désordres, c’est justement une espèce de grand point d’interrogation devant la vie. Florence, le personnage autofictif, est-elle encore capable d’écrire ? De charmer les hommes qui lui plaisent ? Comment surmonter que son corps ne soit plus celui d’une femme de 20 ans alors qu’elle a encore envie de séduire, y compris des hommes jeunes ? À quels types de rôles peut encore prétendre une comédienne de son âge ? Quand se bousculent toutes ces pensées et qu’elle se retrouve seule, Florence flippe. À mort, et ce n’est pas qu’une expression : elle a vraiment le sentiment qu’elle va périr dans l’heure. Les pompiers de Paris la connaissent d’ailleurs très bien. La mort et l’angoisse, la comédienne a choisi de leur donner un visage, celle d’un homme (Luc Antoni), en complet-veston maronnasse, qui s’invite chez elle. Florence n’est pourtant pas seule : elle a des amies chères, dont son agente, un coauteur dépressif (Clément Bresson), des fans, parfois sympathiques, d’autres encombrants, comme son voisin.

On rit souvent dans Désordres. Parce que le bagou et les mimiques de Florence Foresti sont assez irrésistibles, même si certaines scènes ne sont pas follement originales. Pour autant, ce rire n’est pas de connivence. La série interroge et bouscule, sans faire chavirer le navire, gentiment.

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