Rentrée des crasses. Les garçons et les billes, les filles et les ballons

Publié le
Samedi 24 Septembre 2022
 © ALBERTINE PRODUCTIONS
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La Cour Téléfilm / Arte / Vendredi 30 septembre / 20 h 55

Les histoires de cour de récréation ne sont jamais si anodines, quoi qu’en pensent les adultes. C’est ce que raconte le film de Hafsia Herzi, « la Cour ». En ce milieu d’année scolaire, Anya (merveilleuse Lucie Loste-Berset) débarque dans une classe de CM2. Son premier contact avec ses petits camarades est un peu brutal : elle se prend un ballon en pleine figure. C’est que, lui explique Nils, un petit garçon fragile, « la cour, c’est comme une carte du monde. Ceux qui jouent au foot prennent toute la place », ceux « qui jouent aux cartes » sont donc obligés de « se mettre sur le côté », et les quelques filles « populaires, des vraies pestes » jouent à la corde à sauter. Anya ne trouve pas normal de devoir partager l’espace de cette façon. Elle le dit et essaie avec ses camarades de recruter pour un autre jeu, les billes. Le jour où celles-ci disparaissent, la guerre est déclarée entre les deux camps, les filles et les garçons. Les mots fusent, violents. Les actes ne le sont pas moins devant des adultes dépassés, parents ou enseignants.

Mais, attention, « la Cour » n’est en aucun cas un film sur le harcèlement. Ce petit bijou filme à hauteur de gamins de 10 ans, dans cette période si fugace où ils vont bientôt devenir des grands au collège. Il y a surtout, dans ces images et ces portraits, un parfum d’enfance, de l’amitié, des premiers émois amoureux, des jugements. On y trouve un garçon qui joue les gros durs mais s’amuse en cachette avec des dinosaures en plastique et des figurines ; une petite fille, Romy, passionnée par le foot mais qui souffre d’être rejetée par les autres filles. Et Enzo, tête de pioche, nerveux et violent, capable de crier : « On n’est pas là pour s’amuser, on joue ou quoi ? » Ce qui est au fond révélateur de ce moment de l’enfance où l’on vit intensément l’instant. C’est un film magique et enchanteur, où la violence des enfants est (aussi) celle des adultes. Sublime.

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