Le premier ministre israëlien (au centre) ne peut que se réjouir des déclarations de son plus proche allié, qui surviennent une semaine après de nouveaux massacres perpétrés par Tsahal dans la bande de Gaza. Menahem Kahana/Pool via Reuters
Le premier ministre israëlien (au centre) ne peut que se réjouir des déclarations de son plus proche allié, qui surviennent une semaine après de nouveaux massacres perpétrés par Tsahal dans la bande de Gaza. Menahem Kahana/Pool via Reuters

Palestine. Washington choisit la loi de la jungle contre le droit international

Mercredi, 20 Novembre, 2019

Les États-Unis ont annoncé qu’ils ne considéraient plus les colonies israéliennes comme illégales, remettant ainsi en cause la création d’un État palestinien. Une décision cynique qui intervient alors que le processus de paix était déjà au point mort.

C’est un coup de tonnerre dans un ciel qui était tout sauf serein. Après la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël et celle de la souveraineté de cet État sur le Golan syrien, les États-Unis ont annoncé qu’ils ne considéraient plus comme illégales les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, c’est-à-dire en Cisjordanie. « Après avoir examiné soigneusement tous les arguments de ce débat juridique, l’établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international », a affirmé le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo. Pour être très clair, il a tenu à présenter cette annonce comme un retour à l’interprétation du président Ronald Reagan au début des années 1980, se démarquant surtout de la précédente administration démocrate de Barack Obama, qui avait vivement condamné la colonisation. Le 23 décembre 2016, les États-Unis avaient même voté pour la résolution 2334 présentée au Conseil de sécurité de l’ONU. Celle-ci exigeait qu’Israël « arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est ».

Jusqu’ici, la politique américaine s’appuyait, au moins théoriquement, sur un avis juridique du département d’État remontant à 1978, selon lequel « l’établissement de colonies de population dans ces territoires » n’était « pas conforme au droit international ». Ces colonies installées sur les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 sont en effet jugées illégales par l’ONU, et une grande partie de la communauté internationale voit en elles un obstacle majeur à la paix. Mike Pompeo a donc décidé que cet avis de 1978 était caduc.

Un nouveau coup de pouce à Benyamin Netanyahou

Et d’en donner l’explication qui devrait faire bondir même un étudiant de première année de droit : « La vérité, c’est qu’il n’y aura jamais de solution judiciaire au conflit, et que les débats sur qui a raison et qui a tort au regard du droit international n’apporteront pas la paix. » Il a également fait valoir que cette décision ne préjugeait pas du « statut final » de la Cisjordanie, dont le sort dépendra de futures négociations entre Israéliens et Palestiniens. Celles-ci sont rendues très hypothétiques par un processus de paix au point mort.

Cette décision ne tombe pas à n’importe quel moment. Elle pourrait même être interprétée comme un nouveau coup de pouce à Benyamin Netanyahou, qui a proposé d’annexer une partie des colonies de Cisjordanie occupée, au moment où les partis israéliens mènent de difficiles tractations pour former un gouvernement. D’ailleurs celui qui est encore premier ministre – alors qu’aujourd’hui son adversaire Benny Gantz doit dire s’il est en capacité ou non de former un nouveau gouvernement – ne peut que se réjouir des déclarations américaines qui surviennent une semaine après de nouveaux massacres perpétrés par l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

Pour Netanyahou, l’interprétation de son plus proche allié « est le reflet d’une vérité historique : que les juifs ne sont pas des colonisateurs étrangers en Judée-Samarie », selon le nom biblique utilisé en Israël pour désigner la Cisjordanie occupée. L’ambassadeur des États-Unis à Jérusalem, David Friedman, est allé jusqu’à estimer qu’Israël avait « le droit » d’annexer « une partie » de la Cisjordanie occupée. Parallèlement, Washington a cessé toute aide aux Palestiniens, notamment en cessant son financement de l’organisme des Nations unies chargé des réfugiés palestiniens, l’Unrwa.

Washington n’est « pas qualifié ou autorisé à annuler des dispositions de droit international et n’a pas le droit de légaliser des colonies israéliennes », a protesté le porte-parole du président palestinien. La machine est pourtant en marche. Face à une Autorité palestinienne totalement liée aux organismes financiers internationaux et une Organisation de libération de la Palestine (OLP) incapable de toute initiative politique, Washington et Tel-Aviv tentent d’en finir une fois pour toutes avec la revendication palestinienne de demande d’un État viable comprenant Gaza et la Cisjordanie. Si l’administration Trump tarde à dévoiler son plan de paix, c’est surtout parce qu’elle a plus à gagner à imposer le fait accompli sur le terrain, marque première de la politique israélienne.

Des « perspectives de paix » fortement compromises

L’Union européenne s’est démarquée de l’annonce américaine en rappelant sa position « claire » et « inchangée », exprimée ainsi : « Toute activité de colonisation est illégale au regard du droit international et compromet la viabilité de la solution à deux États et les perspectives d’une paix durable. » La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) estime maintenant que les produits en provenance des colonies israéliennes devront à l’avenir porter la mention explicite de leur origine.

La décision américaine ne doit rien au hasard. Trump a décidé de tuer la Palestine. Et donc toute possibilité de la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 puisque la loi de la jungle, aux yeux de Washington, vaut mieux que le droit international. Le peuple palestinien va-t-il accepter ? Rien n’est moins sûr.

Pierre Barbancey
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