Ahmed Berrahal et Olivier Davoise, de la CGT RATP, hier, à la bourse du travail de Paris. Lahcène Abib
Ahmed Berrahal et Olivier Davoise, de la CGT RATP, hier, à la bourse du travail de Paris. Lahcène Abib

RATP. Sanctionnés pour avoir dénoncé la vétusté des bus parisiens

Jeudi, 5 Décembre, 2019

L’inspection du dépôt de bus par des élus du personnel révèle des véhicules non conformes : la direction de la Régie autonome des transports parisiens réagit en intimidant ou sanctionnant les lanceurs d’alerte.

Des bus au bord de perdre leurs pneus, des « palettes » (permettant la montée des personnes handicapées) hors service, des contrôles techniques périmés : sur les 176 bus du dépôt de Belliard, dans le 18e arrondissement parisien, 142 sont déclarés non réglementaires au Code de la route ou présentant un danger pour autrui le 30 septembre 2019, lors de l’inspection réalisée par 13 élus du comité social et économique (CSE) de la RATP bus. La raison ? « Normalement, c’est la maintenance qui doit gérer l’entretien des bus, mais comme ils sont très peu nombreux, ils ne s’occupent que des gros problèmes. S’il y avait assez d’agents, les contrôles ne généreraient pas autant de retard », analyse Ahmed Berrahal, secrétaire de la commission santé sécurité et conditions de travail (CSSCT). Selon Olivier Davoise, secrétaire général de la CGT RATP bus : « En fait, depuis dix-douze ans, la direction a décidé de couper dans les effectifs de maintenance. » « Quand je suis entré à la Régie en 2002, il y avait 80 mécanos pour 180 bus ; aujourd’hui, ils sont 48 agents pour 200 bus, je vous laisse faire le calcul », ironise-t-il.

« On est révolté par l’injustice de leurs accusations »

Loin de prendre en compte le constat des élus de la commission, la RATP va… convoquer 5 syndicalistes sur les 13 présents, le reste recevant une simple lettre de rappel des missions des représentants du personnel. Les salariés se mobilisent et un rassemblement syndical est organisé le 12 novembre en soutien à Ahmed Berrahal. Les images de bus dégradés circulent dans les médias et la direction de la RATP, qui cherche à convoquer un cinquième élu du personnel, Hassan Hemmouche, est mise à mal. Ce sera alors pour avoir fumé une cigarette en montant dans le bus le jour de l’inspection que le cinquième élu est convoqué. Problème : ce délit ne figure pas dans le rapport de l’huissier présent le jour du contrôle, le 30 septembre. Qu’à cela ne tienne, ce sera un agent de maîtrise qui témoignera contre le membre du CSE. Comment a-t-il trouvé l’identité d’Hassan Hemmouche sur les 13 élus présents ce jour-là et pourquoi ne l’a-t-il pas immédiatement fait savoir au membre du CSE ou à l’huissier présent ? La question reste entière.

Mais le véritable coup de théâtre se produit lors de l’entretien disciplinaire d’Hassan Hemmouche : « Au départ je suis convoqué pour avoir fumé une cigarette, mais, au moment d’échanger les rapports des deux parties, le responsable ressources humaines s’emmêle les pinceaux et me remet un rapport où m’est reproché le contrôle des bus du 30 septembre ! Il s’était trompé dans ses documents. Il a tenté de me l’arracher des mains. » L’épisode a valu un malaise au représentant du personnel qui a été secouru par les pompiers. Littéralement mise en défaut, la direction le sanctionne hier de cinq jours de mise à pied.

« On est révolté par l’injustice de leurs accusations, c’est quand même la sécurité des personnes qui est en jeu ! » s’exclame Ahmed Berrahal. « Mais les collègues se sont mobilisés en masse, on a eu le soutien d’élus et, le jour de ma convocation, on était 200 personnes au rassemblement, j’ai reçu le soutien de la députée communiste Marie-George Buffet, du député insoumis Bastien Lachaud et de Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière. Et Hassan Hemmouche, mon collègue au CSE, a, lui, reçu le soutien du député communiste Stéphane Peu, venu aussi au rassemblement le jour de sa convocation. C’est une belle lutte qu’on a menée et c’est ça aussi défendre une qualité du service public pour les usagers comme pour les salariés ! » conclut le secrétaire de la CSSCT.

« En fait, selon Olivier Davoise, si la direction s’en prend aux syndicalistes, c’est parce qu’elle se projette déjà en 2025, date de l’ouverture à la concurrence de la RATP. Elle veut se positionner sur le marché et être “compétitive”.  La vérité, c’est qu’elle a déjà intégré le logiciel des entreprises privées : rogner à tout prix sur toutes les dépenses, y compris d’entretien des bus, de renouvellement du personnel, et dissu ader fermement tous ceux qui rappellent la direction à l’esprit qui guide le service public rendu aux usagers. C’est ça, le fond du problème », analyse le secrétaire général de la CGT bus. Contactée par nos services, la RATP n’a pas donné suite à nos questions.

Saliha Boussedra
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