Face aux fortes chaleurs, des salariés peu protégés

La loi ne prévoit aucune limite maximale de température empêchant les salariés œuvrant en intérieur comme en extérieur de travailler ! Juste quelques recommandations en cas de pic de chaleur.

Publié le
Mercredi 15 Juin 2022
Qu’est-ce qu'une « forte chaleur » ? Sur ce point, le Code du travail reste silencieux : il n’existe aucune mention de seuil de température. Photo d'illustration AFP
Qu’est-ce qu'une « forte chaleur » ? Sur ce point, le Code du travail reste silencieux : il n’existe aucune mention de seuil de température. Photo d'illustration AFP

Avec le changement climatique, les épisodes de canicule risquent de se multiplier. Ce sont non seulement les bâtiments mais aussi l’organisation du travail qui doivent être repensés afin de s’adapter aux fortes chaleurs.

Reste déjà à définir ce qu’est une « forte chaleur ». Sur ce point, le Code du travail reste silencieux : il n’existe aucune mention de seuil de température. Tout juste l’article R4222-1 invite-t-il à renouveler l’air « dans les locaux fermés où les salariés sont appelés à séjourner de façon à (…) éviter les élévations exagérées de température ».

Pour empêcher une issue tragique

Rien en revanche sur les travaux réalisés en extérieur où les risques sont pourtant particulièrement importants : des crampes peuvent survenir à l’arrêt de l’effort en raison de la déshydratation, des œdèmes peuvent affecter les extrémités des membres, mais le risque le plus grave est le « coup de chaleur ».

Cette défaillance aiguë du système de régulation du corps est potentiellement mortelle. « En 2019, deux salariés du bâtiment en sont morts. L’un d’eux, un jeune couvreur de Bretagne, a été pris de convulsions sur le chemin du retour et il est décédé », rappelle Frédéric Mau, en charge de la santé au travail à la fédération des salariés de la construction bois et ameublement CGT.

Pour empêcher une issue tragique, lors de la survenue d’un coup de chaleur, il est impératif de prévenir très vite les secours et, en attendant leur arrivée, de faire baisser la température (mettre la personne au frais, lui enlever ses vêtements, lui donner à boire si elle est consciente). En période de forte chaleur, travailler seul doit être évité et il faut pouvoir avoir accès à de l’eau fraîche en quantité.

Congé intempéries, l’hiver...

Dans une communication du 1er juin, la Direction générale du travail préconise de mettre à disposition de chaque salarié au moins 3 litres d’eau par jour, elle invite aussi les employeurs à mettre en place une organisation du travail adaptée (horaires décalés pour bénéficier des heures fraîches et pauses plus fréquentes).

Les mesures préconisées laissent Frédéric Mau sceptique. « Dans les villes, quand les chantiers sont entourés de logements, il est impossible de commencer à travailler à 6 heures du matin », fait-il remarquer. « Ce décalage des horaires ne permet pas d’éviter les heures les plus chaudes. Pire, certains employeurs font terminer les salariés à la même heure en ayant commencé une heure plus tôt ».

Le Code du travail prévoit pourtant la possibilité d’un « congé intempéries » (art. L5424-8), quand « les conditions atmosphériques et les inondations (…) rendent dangereux ou impossible l’accomplissement du travail eu égard soit à la santé ou à la sécurité des salariés, soit à la nature ou à la technique du travail à accomplir ».

Dans le BTP, ce congé intempéries est indemnisé à 85 %. « Dans les faits, le congé intempéries n’intervient que l’hiver quand les matériaux sont inutilisables, jamais en été, où il existe pourtant un risque grave pour la santé des salariés », s’insurge Frédéric Mau.

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